La sérénité intérieure - Plutarque


Ethique antique

Sans être complètement psycho-rigide, on peut s’interroger sur l’existence actuelle de toute une littérature du “bien-être”, tout un marché éditorial de l’art de vivre. À ces formes hétéroclites et neuves du souci du soi, il est toujours utile de comparer les formes antiques. La sérénité intérieure est l’un de ces textes tout entier tendus vers le bonheur, avec une humble attention portée aux recettes qui y contribuent.

Tous les carpe diem du monde – cris victorieux du consommateur frénétique – ne sauraient remplacer un seul « supporte et abstiens-toi ». Cette maxime stoïcienne résonne toujours comme une exhortation impossible, un voeux pieux. Mais Plutarque n’est pas un maximaliste. Armé de son éloquence, il sait mettre à portée de l’humanité la volonté surhumaine d’être heureux toujours, et en dépit des événements. En ami fidèle, il dispense ses conseils à Paccius, oreille attentive qu’usurpe le lecteur.

Composer avec les choses

Son discours est entièrement dicté par la morale sans jamais tomber dans le moralisme : c’est qu’on sent à quel point le précept n’a de sens que dans l’exercice. Les hommes comme Socrate ou Diogène ne sont pas des Saints avant l’heure, mais des athlètes de la vertu. Et l’éloquence de Plutarque, sa faculté à multiplier les exemples colorés sont l’effet d’exercices répétés, d’une confrontation virile aux passions. Car il faut une expérience éclairée de nos vices pour les connaître sans s’y compromettre, ligne difficile à tenir. Mais la ténacité est justement ce qui fait que cette éthique est plus un ensemble d’habitudes qu’un système de valeur, un manière d’habiter le monde plutôt que de le juger.

En comparaison avec le classique Manuel d’Epictète, ce petit livre paraîtra moins rigoureux aux pessimistes, moins sévère aux bienveillants. Quoiqu’il en soit, passées les quelques facilités rhétoriques que Plutarque se permet lorsqu’il use de tous les topoï connus, il reste une saveur immortelle à ce genre d’écriture, la sensation de se trouver plongé au coeur de l’âme humaine par-delà les siècles. La fraîcheur d’un souvenir d’enfance, quand l’humanité croyait encore (innocemment?) à elle-même.